Mini en Mai, check

La 3e course de la saison était une longue boucle de 500 milles entre la pointe Finistère et Bordeaux, au départ de la Trinité-sur-Mer (Morbihan). 4 jours et 4 nuits de course non-stop en solitaire !

C’est une course magnifique. Elle nous a envoyé raser les cailloux dans des zones à fort courant, où la mer est très chahutée comme la Pointe du Raz et la chaussée de l’île de Sein, longer des côtes et des phares superbes (ce phare d’Eckmühl à la Pointe de Penmarc’h…), descendre jusqu’en Gironde, longer l’île d’Oléron, ses senteurs de pinède et de sable chaud qui portent au large… entrer dans le pertuis et flirter avec le pont de l’île de Ré (oui ça passe, easy!), remonter en croisant les cargos de l’embouchure de Saint-Nazaire. Epique.

La course m’a demandé beaucoup de préparation. Il me restait peu de temps pour vous la présenter avant de partir mais vous avez pu suivre le « tracker » sur la cartographie en temps réel. Ça doit être drôle à voir et moi quand je suis sur l’eau je me dis que je ne suis pas toute seule, que vos yeux suivent attentivement ma progression. Mais qu’est-ce qu’elle fait ? …Eh elle avance super vite là ! …Enfin qu’est-ce qui lui arrive elle se fait doubler de partout !!! …Ah on dirait qu’elle a repris sa route, elle regagne des places OUF!!! Haha 🙂

J’étais assez anxieuse avant de partir. J’avais bien préparé la navigation mais beaucoup de vent était annoncé et nous allions traverser des zones pleines de dangers dans la nuit, avec une mer forcément difficile. Ma tête et mon corps n’étaient pas trop d’accord avec ce que j’allais leur imposer. #Ne pas penser, y aller, attaquer !
Le départ était atypique (au portant sous spi) et suivi d’un parcours dans la baie de Quiberon avant de s’échapper vers le Finistère par le passage de la Teignouse. J’ai volontairement navigué en retrait, j’y suis allée « mollo » car nous étions très nombreux et mon objectif premier est toujours de pouvoir finir mes courses pour me qualifier (plusieurs bateaux se sont rentrés dedans…il y a eu des dizaines d’abandons).

Compo Transat p6 parcours MEM

Le parcours officiel (en vrai on ne trace pas de lignes droites)

Une fois tous sortis de la baie, j’étais bien lancée, sous spi Médium en direction de l’archipel des Glénan. C’était impressionnant. Mon bateau planait tellement, je sentais une force de traction incroyable ! Quelle vitesse !
Tout s’est arrêté subitement dans l’après-midi. Mon bout-dehors – ce tube en carbone qui tient le spi à l’avant du bateau – s’est cassé à son extrémité et tout est parti en vrille. Je suis partie au tas pendant une dizaine de minutes. Le mât touchait presque l’eau. Je ne vous raconte pas la complexité de la manœuvre pour affaler (resdescendre) le spi et ramener le bateau à plat… J’ai réussi à récupérer le bout-dehors puis ça m’a pris une heure pour faire l’état des lieux et remettre les choses en ordre à bord. Autant vous dire que pendant ce temps je me faisais dépasser de partout… Les autres allaient deux fois plus vite.
Je me suis retrouvée épuisée. Estomaquée. Premier après-midi, plus de spi et 500 milles à courir ? Comment finir cette course dans le temps imparti ?!
J’ai décidé de manger un plat chaud, de me reposer pour réfléchir. La crépuscule approchait, le vent a continué de forcir, ça m’a donné un coup de boost : je me suis fait violence pour tenter de mettre en place une alternative, de trouver un truc pour utiliser le bout-dehors cassé. Par un beau hasard, des dauphins sont venus jouer avec le bateau à ce moment… Et ça a marché ! Quand la lune s’est levée j’avais un système que je pourrais tester le lendemain dès que le vent le permettrait. Sans « bourriner » dessus, quand même (mais… quelle est la limite ? impossible à savoir).

La suite de la course s’est déroulée avec toutes les conditions possibles. Du vent, pas de vent, brouillard, pluie battante pendant des heures, du soleil pour sécher (un peu), des nuits douces, la mer éclairée par la lune. De l’orage et quelques éclairs qui te donnent envie de déguerpir (mais tu ne peux pas, il n’y a plus de vent). Des matins où tu n’en peux plus d’être mouillée jusqu’aux sous-vêtements, où tes mains brûlent. Foxsea Lady qui accélère, accélère encore et le pilote qui tient la route. Un coup d’oeil sur le contrôleur de batteries car tu sais que le carburant pour les charger va manquer… mais ça va pour l’instant. Appeler un pote par VHF, apprendre qu’il en a pris autant sur la gueule, ça le saoûle aussi, se souhaiter bon courage et à dans quelques heures. Tout faire pour passer devant lui. Pester contre la pluie et les vagues qui rentrent dans le bateau. Dormir par tranches de 15 minutes, trouver son rythme.
Au moment de passer sous le pont de l’île de Ré, à contre-courant dans la pétole, j’ai croisé des amis et Jean Saucet – le directeur technique organisateur de la Mini Transat 2017 – venus nous voir sur un voilier, avant d’entamer une remontée d’anthologie vers la Bretagne : le plus long bord de ma vie à 11 noeuds de vitesse moyenne sous gennaker [une voile intermédiaire entre solent et spi], une journée de folie, des sensations de vitesse incroyables ! Je scrutais sans arrêt le bout-dehors en espérant qu’il tienne le coup jusqu’au bout !

Un beau coucher de soleil, un ciel orange éclatant bardé de lignes de nuages bleus, au crépuscule je suis entrée à toute berzingue dans la baie de Quiberon. Arrivée folklorique à la voile (évidemment) dans le noir. Descendre le gennak le plus vite possible, éviter les rochers, identifier les phares et les lumières dans le chenal, passer la ligne. Affaler toutes les voiles et se faire remorquer jusqu’au ponton. Amarrer le bateau, les jambes tremblantes car la terre est dure quand on revient de mer.
On y est. Je l’ai fait.

|JOLI BONUS| Le média Spicee a tourné une émission spéciale autour de notre course, autour de 8 ministes dont je fais partie. Nos anecdotes, joies et frayeurs en vidéo, dans la bonne humeur, c’est ici → Emission Spéciale Spicee

|CROWDFUNDING EN COURS| J’ai besoin de votre aide ! Si vous souhaitez soutenir mon projet, c’est le moment ! → Financement participatif sur Ekosea

|BILAN| Des avaries que j’ai réussi à gérer en mer. Une belle expérience de course plus longue où je finis 10e/21 catégorie prototypes. Je cherche encore à comprendre mon bateau, il me résiste un peu mais nous progressons. Foxsea Lady a du caractère !
Enfin… au total, 950 milles au compteur de qualif : plus que 50 petits milles et la qualification en course est bouclée.

Top départ : processus de qualification

PREMIERE COURSE DE LA SAISON, LA « LORIENT BRETAGNE SUD MINI » est un parcours de 150 miles en double entre Lorient, l’archipel des Glénan et la presqu’île de Quiberon.

Nous y voilà ! C’était encore une bonne semaine de rush pour que le bateau soit prêt, mais ma sélection pour la Mini Transat commence avec cette première petite course. What? Quel genre de sélection ?

#la qualification en course : pour participer à la Mini Transat, les concurrents doivent effectuer au minimum 1000 miles en course (parfois en double, surtout en solo) sur leur propre bateau. Je l’ai déjà fait l’année dernière mais comme j’ai changé de bateau, je recommence à zéro. Ou presque… maintenant j’ai un an de mini dans les pattes, ça va me servir.
#la qualification hors course : de la même manière chaque concurrent doit réaliser un parcours obligatoire de 1000 M en solitaire entre la France et l’Irlande. Cette fois-ci, on est vraiment tout seul sur l’eau pendant 7 à 12 jours. C’est aussi au programme : j’y reviendrai !

Alors cette première petite course en double ? …Et bien elle est bouclée !! Je l’ai courue avec Arnaud Machado, un ami qui m’a donné un sacré coup de main lors de la préparation à la course. C’est un champion de l’organisation (ou disons, plus que moi 😛 ) C’est la 1ère fois que je cours avec un ministe expérimenté.

Il y avait 1000 choses à faire :

  • Rassembler, ranger et fixer solidement tout le matériel et les équipements pour passer les contrôles de sécurité,
  • Réussir à modifier ma nouvelle rotule de bout-dehors spécialement usinée (la pièce sur laquelle s’articule un tube en carbone qui se déploie à l’avant et sert de point d’attache des spis, les grandes voiles rondes) qui était très récalcitrante et nous a fait perdre 2 jours…
  • Réparer quelques trucs importants qui ont cassé pendant le convoyage Concarneau-Lorient (heureusement c’est arrivé avant la course)
  • Préparer la navigation : les astuces pour ne pas sortir ses cartes papier qui seraient trempées… Puis étudier les trajectoires : par où va-t-on passer au milieu des cailloux ? Vu les conditions météo, quelle serait la meilleure « route » ? etc.

Par-dessus tout, Arnaud m’a apporté son expérience des courses en mini. Avant et pendant. La course ne durait que deux jours mais le vent a été particulièrement instable, ce qui redistribuait les cartes et le classement sans arrêt.
Il fallait être à fond et garder l’envie de se battre, même quand le vent nous laissait tomber alors qu’il favorisait un groupe de bateaux au large… Dans la nuit froide sans vent, les voiles claquent, la fatigue, le manque de confort, la peau et les muscles douloureux prennent le dessus. Partie, l’adrénaline qui nous apporte de l’énergie ! Dans ces moments il y a de quoi péter un câble ou bien s’endormir profondément… et ça c’est interdit sous peine de finir dans les rochers.

Mais on n’a pas lâché, nous nous sommes bien battus et avons décroché une belle place de 9èmes sur 21 pour mon prototype – préparé avec un tout petit budget et des vieilles voiles peu adaptées au petit temps (15 sur 60 au scratch, séries & protos confondus).
Et le plus important : on s’est bien marrés !!! J’aime quand les navigations riment en plus avec humour et autodérision. Enfin on a quand même insulté quelques potes au passage.

|BILAN| 150 MN acquis au compteur de qualif et une belle course, où j’ai beaucoup appris en préparation spécifique aux courses minis, en tactique et stratégie.

Crédit photos ©Christophe Breschi et ©Yvan Zedda
LBSM – Lorient Bretagne Sud Mini