10 jours de course en solitaire… #2

[suite de l’article 1ère étape]
Au cinquième jour j’entame la longue descente le long du Portugal. « A moi les alizés portugais ! » S’ils sont au rendez-vous – car ce n’est pas gagné. Ça commence bien pourtant : 15-20 noeuds de vent de nord-est même si l’allure est un peu trop vent-arrière. Au moins on a de l’air ! A ce rythme ça descend vite mais il y en a des milles à faire avant d’arriver… J’ai l’impression d’être une fourmi sur mes cartes. Latitude de Lisbonne. Les jours passent. Latitude du cap St Vincent. Latitude de Gilbraltar. Le cœur saute à force de penser que je navigue plein sud vers des destinations qui appellent au voyage.
« Qui est-ce qui fait tout ça en solitaire ?? C’est toi Camille !! » (j’ai des phases un peu débiles et je me parle toute seule)

Le vent devient très curieux : alors que le ciel est totalement bleu, que tout semble stable, il oscille de 100° toutes les 15 minutes. Comme une balance. Toute la journée. Raaaaah c’est infernal !! Difficile de savoir quel est le bord rapprochant. J’ai la trajectoire d’un mec bourré !
Cap au plein sud, le grand spi déployé à l’avant du bateau est si grand qu’il fait de l’ombre aux panneaux solaires. Je suis au taquet dès l’aube et sur les dernières heures de soleil pour les orienter et recharger les batteries. Je n’arrive pas à les charger au max mais elles sont bien remontées (sur la 2e étape le bateau sera mieux orienté par rapport à la course du soleil).

Jours et nuits passent… je n’ai pas vu, ni parlé, ni capté personne depuis 4 jours. Autour de moi, de l’eau et encore de l’eau. Mes essais pour capter la météo à la BLU (petite radio portative qui permet de recevoir un bulletin de l’organisation de course rediffusé par radio Monaco) sont de plus en plus concluants et je commence à entendre que c’est le bordel, qu’il y a des anticyclones partout entre Madère et les Canaries et le vent se casse la figure. Les concurrents sont bloqués devant… Je me pensais dernière mais ce n’est pas le cas, et je vais pouvoir raccrocher au wagon !! Ça me donne la pêche !

Évidemment je plonge à mon tour dans ces immenses de zones de « molle » et de vent erratique. On va mettre beauuuuucoup plus de temps à arriver… L’ETA (Estimated Time Arrival) se rallonge de jour en jour !! C’est pas comme ça que ça fonctionne normalement 😀


Un point sur mon avitaillement : j’ai emporté assez d’eau et de nourriture pour tenir plusieurs jours encore et avec l’installation solaire je ne serai pas en panne de carburant. J’ai recommencé à capter des concurrents sur les ondes VHF, apparemment ça stresse sur ces sujets – moi, pas de souci ! La chaleur arrive sans être oppressante, les nuits sont de plus en plus douces, oh que c’est agréable…
Parfois le vent revient avec une grosse bascule, ça dure 15 minutes ou plusieurs heures.
Parfois la mer est d’huile.
Je suis perdue entre Madère et le Maroc. Pas un souffle dans les voiles. L’eau est si lisse que les étoiles se reflètent sur l’océan.

Complètement dingue ce truc…
Il ne faut pas dormir… J’ai recollé à un paquet de minis et le premier à capter un souffle d’air mettra tout de suite plusieurs milles de distance aux autres. Ne pas lâcher…rester dans le match.

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Cette « pétole » aléatoire dure jusqu’à l’avant-veille de l’arrivée. Quand le vent revient dans la zone de Madère et s’établit enfin, tout le monde hurle de soulagement à la VHF ! C’est reparti !
Dernière nuit en mer, dernier jour sous grand spi. Foxsea Lady glisse et galope dans les risées. Je cours à 2M au taquet derrière Jo (335 Hinano) qui ne doit pas être tranquille. Je suis en tee-shirt. Le vent est doux, l’eau d’un bleu profond, un bleu intense et lumineux. Oh comme je me sens bien !

L’atterrissage aux Canaries se fera cette nuit : je suis un peu déçue de ne pas pouvoir découvrir les îles et leurs hauts reliefs de volcan mais bien contente d’arriver. Je vois depuis plusieurs milles Gran Canaria illuminée d’éclairage urbain. Un dauphin vient sauter à côté, suivi d’un poisson volant qui s’échoue dans le cockpit. Mis à part de grosses libellules et quelques oiseaux ce sont les premiers animaux que je croise depuis mon départ !

Le vent tombe, l’allure devient inconfortable et interminable dans une mer hachée par le ressac contre la côte. J’arrive dans un décor industrialo-portuaire qui détonne après tant de jours en mer. Impression curieuse en passant la ligne d’arrivée… Quelle joie ! « J’ai bouclé l’étape 1 de la Mini Transat ! » je le répète à voix haute pour mieux réaliser. J’ai la sensation de flotter. « Je suis à Las Palmas de Gran Canaria !!! »
La marina est assez moche au premier abord. Mais sur les pontons, les potes m’attendent. Hurlements ! Je suis 12ème et bien arrivée !

Maintenant, DÉCOMPRESSER…

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**********
Nous sommes 10 jours après mon arrivée à Las Palmas de Gran Canaria, et à une semaine du départ de la 2e étape. J’ai l’impression étonnante d’être là depuis un mois et en même temps d’être arrivée la veille. Ce serait plutôt bon signe ? J’aurais réussi à faire une vraie pause pour « décrocher » et me changer les idées en visitant l’île ?
…J’ai aussi l’impression tenace que le nouveau, le grand départ arrive à toute vitesse. La boule au ventre a refait son apparition. Mais cette fois, j’ai plus de temps devant moi 😉

3 réflexions sur “10 jours de course en solitaire… #2

  1. Pascale CORET dit :

    Ah c’est génial Camille, ton récit très bien écrit, vivant, et tes photos…! Comment fais-tu pour prendre des photos alors que le bateau est couché, non mais c’est dingue…!
    Allez maintenant prépare bien ton bateau pour la grande traversée, on pense à toi tout le temps, un milliard de BISOOOOUUUUUUUS 🙂 🙂 🙂
    Mam

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  2. Lydie M dit :

    Ah ben j’ai l’air malin, moi, les larmes aux yeux, au bureau, en lisant ton récit de ces 10 jours… Tu nous fais vraiment vivre ton aventure comme si on y était (en moins mouillé) ! Et c’est bien ce que je disais : tu as mis la cape de Wonder Woman ! Ton courage et ta détermination sont impressionnants. Je t’embrasse très fort, Camille. (Je n’arrive pas à savoir si je suis impatiente ou non que tu repartes).

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