Vivre son rêve !

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Voilà une semaine que Camille a pris le large, qu’elle vit ce pour quoi elle se bat chaque jour depuis deux ans. Elle file sur l’Océan Atlantique Sud Sud Ouest, et derrière chacun de ces simples mots il y a des jours, des semaines et des mois de batailles acharnées.
Flash back à septembre 2015, Douarnenez. Camille passe deux semaines à proposer son aide à des ministes en pleins préparatifs de départ pour la Mini-Transat 2015. Elle découvre le circuit depuis quelques mois, elle sort de sa coquille pour aller vers des inconnus épris de mer et d ‘aventure. Elle se nourrit et se grise de cette énergie pour rêver de lancer sa propre aventure. Elle apprend le métier, et se met en tête depuis les rochers qui surplombent la jetée au moment du départ, qu’elle en sera pour la prochaine édition.  S’il y a bien une chose sur laquelle vous pouvez compter avec Camille Taque, c’est que si elle a décidé de faire quelque chose, elle ira jusqu’au bout ! Le mental de cette jeune femme est IN-DE-BOU-LO-NABLE.

Samedi 29 septembre 2017 : le réveil a sonné après une courte nuit. Depuis quelques jours, l’anxiété et l’exaltation se tirent la bourre sur les pontons de La Rochelle. Camille est entourée d’une armée de ministes et de proches qui ont tous répondu présent pour finir de préparer Foxsea Lady. Un ministe est perché dans le gréement, une autre plongée dans les entrailles du bateau à bidouiller, un troisième plonge pour faire un dernier carénage tandis qu’une amie renforce les protections des plombages sur les pontons et que le frère de Camille, à ses côtés depuis une semaine, file le dernier coup de main. Le ponton est jonché de caisses d’outils, de bidons, de sacs de matossage. Camille se fait joyeusement charrier par les autres concurrents ou les badauds…  Joyeux bordel qui en stresserait plus d’un. Mais c’est mal connaître la miss Taque qui nous lance son habituel « ça va le faire… »

Le soir venu, un temps est réservé à la famille. Il faut nourrir le moral du skipper aussi bien qu’on a bichonné sa monture. Camille fait le plein de sourires et d’amour dans les yeux de ses proches. Elle serre fort ses deux neveux adorés avant de retourner vers le ponton, il est 23h, veille du départ. Les bateaux sont déserts, tout le monde s’est retiré, mais Camille est du genre à gérer la pression autrement. Elle s’affaire, fait le tri : ça reste, ça embarque, ça va à la poubelle… Concentrée, efficace, entourée. Quand on vous disait que ça allait le faire ! A minuit, elle part se retirer dans sa bulle. Le départ approche. Temps de mettre le scaphandre émotionnel…

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Dimanche 1er octobre, réveil sous le crachin, horizon bas, détermination et sérénité du côté de notre skipper. Le ponton devant son bateau est enfin libre. Tout se met en place. Elle se ménage un temps en solo dans le bateau avant que le ponton ne se remplisse d’amis et de proches. Dans cette foule-là, il y a de la tension, des sourires un peu crispés, et des larmes au coin des yeux. La foule grossit sur les remparts du bassin des chalutiers. A partir de midi, les pontons sont désormais réservés aux proches et aux coureurs. Chaque ministe commence le petit balai des au revoir, des grandes embrassades, dernières blagues et autres encouragements. Camille disparaît ainsi une demi-heure à faire le tour de tous les amis du circuit qui l’ont portée et soutenue jusqu’à ce jour, Stan, Clarisse, le pôle de Concarneau… Et puis rapidement il est 13h.  Les premiers zodiacs de remorquage font leur apparition. Pour les terriens, les amis, les proches, ils sont comme des corbeaux qui tournent et viennent prendre leur proche et l’emmener sur son élément liquide. Pour Camille, ils sont comme des chiens de berger qui vont la guider jusqu’au moment où elle pourra enfin hisser sa grand voile et prendre son envol. 13h15, ça y est, il est temps de se serrer fort, de laisser parler l’émotion, la joie, la peur, l’admiration et toute l’excitation d’un départ pour une course au large en solitaire.
Camille s’est préparée, elle est forte et fragile, rit et pleure en même temps. Des grands cris de l’entourage comme de la navigatrice pour sortir les nerfs et la joie du départ.

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15h30 sur l’eau, tous les minis sont dans la zone de départ. Enfin presque tous… Camille nous prépare un départ à « la Taque » : je prends tout mon temps loin des autres, je les laisse tourner et se faire prendre par la tension de la zone de départ, je matosse et peaufine les derniers détails avant de mettre le cap sur la ligne de départ 20 minutes avant le décompte. Je traverse les rangs de bateaux spectateurs agglutinés le long de la zone d’exclusion, j’entre dans la zone de course et bim ! je prends mon départ comme une fleur, alors que tout l’équipage du zodiac qui m’accompagne retient son souffle depuis une demi-heure en se demandant ce que je fiche à l’autre bout du plan d’eau  ! 😉  Du Taque mesdames et messieurs !

 

C’est donc sous un ciel bas, dans la brume et une pluie qui n’en finit pas de vous faire courber la tête que le Mini 791 s’élance à 16h en ce dimanche 1er octobre 2017. Pour nous, l’équipe en zodiac accompagnant le départ sur l’eau, c’est ce moment magique où, zigzaguant de bateau en bateau, l’on voit fleurir sur les visages des skippers des larmes ou des sourires d’enfant. Ca y est, ils la vivent enfin leur Mini… Eh Camille : promesse de 2015 tenue !

Depuis ? C’est tout le mystère de la course au large en Mini…  Foxsea Lady mène sa skipper vers le Sud Sud Ouest. Les news il faut les deviner en analysant les quelques infos de la cartographie mis en ligne par la course : http://www.minitransat.fr/suivi-de-la-course/cartographie.

A part quelques nouvelles relayées par les bateaux accompagnateurs, à terre on doit ronger son frein et attendre l’arrivée de Camille pour s’abreuver du récit, vérifier si l’on avait bien deviné tel ou tel moment difficile…

Ce qu’on sait :  Camille a bien géré son début de course dans une météo musclée, elle a passé une première nuit au contact de la meute des protos et réalisé une belle progression. Et puis les premiers ennuis arrivent mardi : il faut ralentir pour reprendre du gréement. Mais ça repart, mercredi le bateau file de nouveau dans des moyennes correctes de 6-7 noeuds. Le passage du Cap Finistère se fait sans encombre, cette zone redoutée qui a anéanti tant de rêves de ministes lors de l’édition de 2013 laisse passer nos skippers cette fois-ci. Le coup de vent attendu semble même avoir faibli un peu. Ouf, on respire pour eux…

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Jeudi, le doute s’installe. Nous constatons une vitesse réduite depuis plusieurs pointages. Camille avance à 2 noeuds dans une zone où le vent au portant devrait la propulser bien mieux. Son cap n’est pas cohérent non plus. L’inquiétude monte, les textos entre amis/famille s’échangent pour aller de conjoncture en conjoncture. Nous résistons à appeler l’organisation de course. Attendons jusqu’au prochain pointage… Les actualités relayées par les bateaux accompagnateurs nous donnent enfin une explication mi-rassurante mi-angoissante. Camille a des problèmes d’énergie. Les deux panneaux solaires n’alimentent plus la batterie. Sans énergie pour la batterie, impossible d’utiliser notamment son pilote automatique. Faire une course en solitaire sans pilote  ne peut pas s’imaginer plus de deux jours, et encore. Impossible de prendre du repos, il faut barrer sans arrêt. Tout geste pour aller à l’intérieur ou à l’avant du bateau devient compliqué voir périlleux : se nourrir, aller aux toilettes, aller matosser ou préparer un changement de cap… Aussi Camille, en bon marin, décide de se mettre à la cape (voile à contre, le bateau n’avance plus que par la dérive des courants, il n’a pas de vitesse et court peu de risques) pour récupérer du sommeil.   Après avoir rechargé ainsi ses batteries à elle durant quelques heures dans la journée jeudi, elle s’attelle à trouver des solutions pour réparer l’alimentation en énergie de son bateau.

 

A 6h du matin, au pointage de vendredi, notre fringante Foxsea Lady avait repris sa route et une vitesse plus satisfaisante. Elle avait surmonté une épreuve de plus, sans perdre le moral, ni ses moyens.

 

Depuis, elle avance, se maintient autour de la 16eme position et affiche une vitesse raisonnable compte tenu du peu de vent présent sur zone. Là c’est une toute autre bataille qui se joue. Une bataille contre soi-même : rester concentré et garder le moral quand la mer est un miroir, que l’on ne sait pas où sont les autres concurrents et s’ils ont ou non du vent. Pour rappel, les ministes n’ont aucun moyen de savoir où sont tous les autres coureurs. Ils n’ont pas d’ordinateur à bord ni de moyen de communication vers la terre. Si la BLU le veut bien (radio à pile banale, branchée sur une antenne montée en tête de mat et qui est supposée capter les ondes relayées éventuellement par les bateaux accompagnateurs), ils ont une vacation par radio une fois par jour qui leur indique la météo pour la zone de navigation, et leur annonce par ordre du classement les bateaux et la distance qu’il leur reste à parcourir pour chacun. Ils déduisent ainsi les miles parcourus, ceux perdus sur les concurrents les plus proches ou au contraire, les bons coups payants ! Plus on attend pour entendre son numéro mentionné, plus les nerfs se tendent car on descend dans les tréfonds du classement de la course.

Quand il n’y a plus un souffle d’air, que cela fait une semaine complète que l’on a plus vu âme qui vive, et que, pris par la fatigue, on s’imagine que l’on s’est trompé de tactique, il y en a plus d’un qui craque. Le moral et la chance font alors toute  la différence. Un souffle d’air ici tandis que l’autre là-bas ne décolle pas… Une croyance dure comme fer que « ça va le faire »…

Connaissant notre Camille, je n’ai aucun doute : les deux sont à bord du 791 !

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