[QUALIF 2] Ouessant, cargos, coup de vent en Manche.

Je suis partie vers minuit de Concarneau, en coupant par un passage dans l’archipel des Glénan, direction la pointe de Penmarc’h que je dépasse vite. La première nuit se passe bien avec un vent parfait, je rentre petit à petit dans le rythme en enchaînant de courtes siestes de 10 à 15 min. A l’aube je prends le cap de la Chaussée de Sein, le plus à l’ouest. Le vent se fait léger…léger…rare ! Le courant, lui, est fort.
C’est le début d’une longue journée à chasser le moindre souffle d’air pour éviter de me retrouver sur les cailloux de Sein d’abord… Puis ceux de l’île d’Ouessant. « Garde ton calme Camille » « c’est flippant quand même ! » (oui dès la première nuit je me parle à moi-même). Je ne peux quasiment rien faire. Être assez proche de la côté pour chercher les risées de vent, mais pas trop… Je n’ai pas de moteur.

Un peu d’ennui, de l’inquiétude, le courant me pousse sur les cailloux de Ouessant.

Je réussis enfin à passer Ouessant au crépuscule. Le coup de vent que j’ai cherché à éviter en retardant mon départ, je vais le rencontrer cette nuit au lieu de l’avoir là-haut (et plus fort) en mer d’Irlande : c’est un moindre mal, mais je vais aussi croiser ce qu’on appelle les Rails de la Manche. Je me prépare à « entrer dans le dur ». Physiquement, psychologiquement, je sais que ce sera rude.
Les Rails sont des passages obligatoires pour les cargos, porte-conteneurs, tankers, des sortes d’autoroutes au trafic dense. Je croiserai ces mastodontes à la sortie des Rails. Déjà en voilier de croisière il faut être très attentif alors sur un petit mini 6.50…!

Le vent monte progressivement, un fort crachin s’installe, le bateau accélère. La houle se creuse, j’ai deux ris dans la grand-voile pour réduire la surface de voile. Je suis au travers en route directe vers la pointe de l’Angleterre, par chance c’est la meilleure allure pour encaisser le coup de vent. Ca monte à 35 noeuds et certaines vagues déferlent sur le pont. Je sors de temps en temps pour vérifier la mer autour mais c’est nuit noire, pluie battante. Je surveille les cargos sur mon écran AIS et me retrouve plusieurs fois en route de collision avec eux. Ils avancent entre 15 et 20 noeuds de vitesse (!), mesurent une centaine de mètres de long.

« Caliuco, Caliuco, Caliuco, this is Foxsea Lady, Foxsea Lady, Foxsea Lady on channel sixteen. Do you read me? Over. »
« Yes Foxsea Lady very clear » (accent indien)
« I am a solo sailor on a small sailingvessel. We are heading for collision. Could you please change your route about a few degrees? Over »
« Yeah OK. I will…(bla bla bla j’ai rien compris) »
« Thanks a lot. Have a nice watch and a safe sail »

Et le cargo de 130 m modifie légèrement sa route pour passer derrière… C’est impressionnant et le plus fou, c’est qu’ils accepteront tous d’adapter leur route.

Le jour se lève. J’ai traversé la Manche.

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